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	<title>rentrée littéraire Archives - Les Escrivades</title>
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		<title>Sylvain Prudhomme, De l&#8217;autre côté du lac</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Oct 2026 17:46:44 +0000</pubDate>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rentrée littéraire 2026 #22</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Apparaître.<br>Disparaître.<br>Apparaître pour disparaître.<br>Disparaître pour ne pas réapparaître.<br>Apparaître d’un côté du lac.<br>Disparaître de l&rsquo;autre côté du lac ?</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Tout est question d’apparition et disparition dans ce beau roman.<br>Une jeune femme apparaît sur un parking, tombée du ciel. Disons, d’un hélicoptère. C’est Paola, photographe. Pour le narrateur, présent sur le parking et dont on n’apprendra jamais le nom, c’est une véritable apparition. On sent le coup de foudre pas loin. Des messages sont échangés, mais Paola repart dans la montagne, c’est l’hiver mais elle sent que quelque chose l’attend là-haut, tandis qu’en bas le compagnon de ses dernières années est en train de s’effacer, comme une photo mal fixée.<br><br>Là-haut, c’est un espace fermé par des falaises insurmontables, au bord d’un lac. De cet espace, on a fait une réserve totalement interdite aux humains. La flore et la faune, laissées en pleine liberté, s’épanouissent comme nulle part ailleurs. Un nouveau monde apparaît. Paola y fait des photos avec une chambre grand format lourde comme un âne mort. Cet espace sauvage l’aimante, elle voudrait en capter la nature profonde sur ses plaques de verre. Faire apparaître ce qui ne se voit pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Paola est donc remontée, elle s’est laissée happer par la réserve, elle est repartie pour un séjour hivernal et solitaire dans une cabane au bord du lac. Ce nouveau séjour sera peuplé de nouvelles apparitions et disparitions. Est-ce elle-même qu’elle cherche ? Se trouvera-t-elle ?</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Au fil des pages, le monde de Paola nous apparaît, et cette fabuleuse montagne prend vie dans les mots de l’auteur. Pas de lyrisme ici, des mots simples, des images, des photos textuelles et tout nous apparaît. Et c’est beau !<br>Sylvain Prudhomme passe un cran au-dessus avec ce roman ! Ne vous en privez pas. Prix en vue !</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le début</strong><br>«&nbsp;Lorsque je la rencontre elle descend tout juste de là-haut. L’hélicoptère vient de la déposer. J’ai à peine entendu le vrombissement des pales, à peine vu le point noir de l’engin s’éloigner dans le ciel. C’est un matin de septembre. Partout alentour les montagnes se dressent, embrumées, sombres. Le soleil est voilé. Il a plu pendant des heures, les feuilles et l’herbe luisent. Il fait gris et lumineux à la fois, une lumière blanche, diffuse, suspendue.<br>J’arrive sur le minuscule parking, à la sortie du dernier village de la vallée. Sur toute l’esplanade bitumée il n’y a qu’une seule autre voiture. Une Berlingo verte. Garée tout au bout, à la lisière de l’herbe, comme pour déranger le moins possible. Toutes les autres places sont libres. J’hésite. Je souris d’hésiter. Me garer à côté ? Garder mes distances ? C’est comme si la solitude de la Berlingo et l’excès de possibles me perturbaient. Finalement je me serre contre. On ne sait jamais. Si tout d’un coup arrivait un essaim de motards ou la caravane du Tour de France. Je sors de l’habitacle, savoure l’air frais, contemple les montagnes. J’enfile mes chaussures de marche, rassemble mes affaires pour le bivouac du soir.<br>Alors je la vois qui surgit. Elle arrive de l’héliport. Elle est seule. Elle a les bras chargés d’une lourde caisse noire. Derrière elle j’aperçois d’autres bagages, une deuxième caisse, une longue housse. Je crois à une musicienne. Une artiste de retour d’un concert quelque part là-haut, en crête.&nbsp;»</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Paul, 13/10/2026</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sylvain Prudhomme, <em>De l&rsquo;autre côté du lac,</em> Minuit, 264 pages</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutes les chroniques &gt; <a href="https://lesescrivades.fr/chroniques/">https://lesescrivades.fr/chroniques/</a><br></p>
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		<title>Tiffany Tavernier, Congés payés</title>
		<link>https://lesescrivades.fr/tiffany-tavernier-conges-payes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2026 08:22:51 +0000</pubDate>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rentrée littéraire 2026 #21</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">On oublie souvent d’où nous viennent les congés payés, il n’est pas mauvais de le rappeler de temps à autre ! Et de voir comment les bourgeois ont eu du mal à les accepter. Ça leur est vraiment resté en travers de la gorge. On a ainsi une scène dans ce roman où un groupe de gros riches (comment les appelleriez-vous ?) s’en prend d’une manière ignoble à une ouvrière et son fils qui ont eu l’impudence de s’installer sur un bout de plage que ces gens-là estiment devoir leur être réservée.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Mettez cela en perspective avec la guerre d’Espagne puisqu’on est en été&nbsp;1937 à Biarritz et que Santander, de l’autre côté de la frontière, est en train de tomber aux mains des fascistes, au prix de soixante-dix mille morts ou prisonniers. Autre perspective, l’Allemagne nazie –&nbsp;qui arme les rebelles fascistes espagnols&nbsp;– et l’ombre de la Première Guerre mondiale. C’est un ancien combattant de 1918, encore jeune, grand bourgeois qui va se révolter contre sa classe et soutenir la mère et son fils harcelés par sa propre épouse.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Cette scène de la plage me semble le principal tournant du livre tant les caractères en présence sont tracés en force et laissent transparaître la violence de l’affrontement de classe. Et l’amour ne sauvera pas tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">On pardonnera à l’autrice ses anaphores inutiles et maladroites pour rester sur des personnages attachants, même avec leur aspect parfois caricatural.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Paul, 12/10/2026</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Tiffany Tavernier, Congés payés, <em>L’Olivier</em>, 264 pages</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Toutes les chroniques &gt; <a href="https://lesescrivades.fr/chroniques/">https://lesescrivades.fr/chroniques/</a></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Le début</strong><br>« TOUT EST ALLÉ SI VITE, Luis soudain, là, dans la chambre : « Allez, je vous embarque ! », cinq ans qu’elle ne l’a pas vu, au début elle dit non bien sûr, d’où est-ce qu’il arrive, et qu’est-ce qu’il a fait depuis toutes ces années, partir en vacances en plus, comme si elle avait assez d’argent pour ça, à peine de quoi survivre en cumulant sa paie d’usine et ses travaux de couture, deux tabliers par soir, trois si elle tient au-delà de minuit, Luis n’en démord pas, « on part, je te dis, tu prends tes quinze jours », Emma au bord de défaillir, tout cet argent qu’elle doit, comme si elle pouvait se les offrir, ces congés, alors, non, non et non ou se retrouver à la rue, Julien, son fils, à présent, « allez, maman, dis oui, à trois, on se débrouillera », Emma comme une idiote, « mais enfin… le terme, le charbon, non, je… », Luis s’avance vers elle, la soulève en riant, « de toutes les façons, t’as pas le choix, je les ai déjà achetés, les billets, et pour l’argent, je paie tout, même ton terme, voilà, t’es contente ? »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Paul, 10/10/2026</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Tiffany Tavernier, <em>Congés payés,</em> L’Olivier, 264 pages</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutes les chroniques &gt; <a href="https://lesescrivades.fr/chroniques/">https://lesescrivades.fr/chroniques/</a><br></p>
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		<title>Tom Newlands, Ici, maintenant</title>
		<link>https://lesescrivades.fr/tom-newlands-ici-maintenant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 11 Oct 2026 16:49:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Rentrée littéraire 2026 #20 En ouvrant un livre, nous prenons souvent le risque de croiser des personnages fictionnels qui peuvent traverser nos vies, d’autres s’y installer durablement, d’autres encore avec qui on entretient des rapports troubles et qu’on cherche même à foutre à la porte.Dany Laferrière raconte que la littérature lui permet d’avoir des amis [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rentrée littéraire 2026 #20</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">En ouvrant un livre, nous prenons souvent le risque de croiser des personnages fictionnels qui peuvent traverser nos vies, d’autres s’y installer durablement, d’autres encore avec qui on entretient des rapports troubles et qu’on cherche même à foutre à la porte.<br>Dany Laferrière raconte que la littérature lui permet d’avoir des amis auteurs du Moyen-Âge.<br>Je crois qu’on peut être encore plus premier degré, devenir pote avec Sancho Panza et balancer des proverbes à chaque fois qu’on rencontre des Don Quichotte tout de théories vêtus. Et notre contemporanéité ne semble pas en manquer.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">J’avais donc oublié la force des personnages (depuis Sibylle de Continuer de Laurent Mauvignier), jusqu’à ce que je rencontre Cora, le personnage de Ici, maintenant de Tom Newlands.<br>Nous suivons Cora, Cora Mowat, pendant quatre années d’adolescence, dans les années 90, dans une petite ville au nord de l’Écosse qui fut un bastion du charbon et qui n’a pas su rebondir. Euphémisme capitaliste. C’est la misère, économique, sociale, humaine. Et Cora, elle n’a pas trop eu de chances au tirage de la loterie familiale. Enfin, dans la moyenne de son bled, sans doute. Et bien sûr, à l’aube de « devenir adulte », elle va vivre son lot de malheurs et tenter de se trouver une vie.<br>Évidemment, le cinéma de Ken Loach n’est pas loin.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">En ces temps où il semble que ne cesse de s’élever le mur entre les générations et qu’il semble de plus en plus ne pouvoir sauter qu’à coups de bombes atomiques, je ne suis pas mécontente d’avoir rencontré Cora. Cora Mowat et quelques uns de sa famille aussi.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Oui, nos liens familiaux sont plus que jamais soumis à la loi des marchés, indexés sur la honte de ne pas pouvoir se sortir d’un milieu où entre le chômage et le chômage, il y a la chourre, la drogue et la violence. Et si on avait tous en nous un jeune et un vieux qui ne demandent qu’à se faire un long hug ? Ou un Sancho Panza murmurant des proverbes immémoriaux à l’oreille de Don Quichotte enfin prêt à sortir des éditoriaux ? Une Cora qui se met à courir à chaque fois qu’on voit quelque chose qu’on ne veut pas voir jusqu’à ce qu’on décide que bon, on peut accepter être qui on est, c’est pas plus mal qu’une autre identité ?</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">J’ai bien conscience que ça ressemble un peu à une mièvrerie du style : « on n’est pas aussi seul qu’on veut bien nous le vendre » mais bon ce bouquin, écrit à la première personne de Cora, m’a réjoui et je vous le dis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Livie Livia, 11/10/2026</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Tom Newlands, <em>Ici, maintenant</em>, Métailié, 368 pages</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Toutes les chroniques &gt; <a href="https://lesescrivades.fr/chroniques/">https://lesescrivades.fr/chroniques/</a><br></p>
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		<title>Polina Panassenko, À voix haute</title>
		<link>https://lesescrivades.fr/polina-panassenko-a-voix-haute/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 Oct 2026 08:36:32 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Rentrée littéraire 2026 #19 Mais quelle idée, cette fille, de retourner en Russie que sa famille avait quittée en 1993 ? En 2011, elle intègre la prestigieuse École du Théâtre National deMoscou. Elle y trouve un système qui semble courant dans ce genre d’établissement, basé sur l’autoritarisme –&#160;voire la tyrannie&#160;–, le machisme et l’élitisme. Nous [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rentrée littéraire 2026 #19</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Mais quelle idée, cette fille, de retourner en Russie que sa famille avait quittée en 1993 ? En 2011, elle intègre la prestigieuse École du Théâtre National deMoscou. Elle y trouve un système qui semble courant dans ce genre d’établissement, basé sur l’autoritarisme –&nbsp;voire la tyrannie&nbsp;–, le machisme et l’élitisme. Nous sommes au théâtre, il s’agit donc d’ouvrir bien grand sa gueule et de porter sa voix. On parle à voix haute, comme l’indique le titre.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Par contre, il y a au moins un domaine dans lequel on ne l’ouvre pas, c’est l’histoire. Excepté pour glorifier la victoire de l’Union soviétique contre le nazisme –&nbsp;on a balayé sous le tapis le pacte germano-soviétique de 1939, ça faisait tache&nbsp;–, on a occulté de grands pans de cette histoire. Les millions de morts du stalinisme, on évite d’en parler. La peur des «&nbsp;organes&nbsp;», les terreurs nocturnes lorsqu’on entend des coups à la porte, exit ! Même pas à voix basse.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Notre héroïne narratrice sait bien que dans sa famille des choses sont tues, comme partout ailleurs. Elle loge chez son grand-père et essaie de lui tirer le goulag du nez. Parce que le grand-père du grand-père, il y est resté. Mais pourquoi ? Où ? Quand ? Comment ? Pas un mot. Et peut-être, et c’est là le pire, plus un brin de mémoire accessible. Il faut alors partir à la pêche ou plutôt à la chasse aux informations. «&nbsp;Entre 2011 et 2019, j’ai envoyé depuis la France environ cinquante demandes à toutes sortes d’instances administratives russes pour retrouver la trace de mon arrière-arrière-grand-père.&nbsp;»</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">C’est cette quête que nous compte la narratrice, minutieusement, pour retrouver des traces et pour rendre la parole à son grand-père, pour briser le mur de l’amnésie, étrange maladie qui frappe tout un pays, et faire remonter ce qui n’était qu’enfoui, et pas effacé.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Des livres sur le goulag, il y en existe pas mal. Quelques uns sont cités au passage, à commencer par Varlan Chalamov. Elle évoque également le poète Ossip Mandelstam, mort à Vladivostok en 1938, que l’on retrouve entre les pages de ce livre. Celui de Panassenko présente l’intérêt d’une vision subjective, extérieure et postérieure qui trace la parallèle entre les silences anciens et contemporains.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><strong>Extrait</strong><br>« Dans la chambre de mon grand-père, je lui parle du dossier de prisonnier. Je dis On va trouver où il a été envoyé, ce qui lui est arrivé, comment il est mort. Si on trouve ce dossier, on pourra lui faire une tombe. À voix basse, mon grand-père dit C’était il y a longtemps. Aujourd’hui, qui a besoin de ça ? Je sens la rage qui monte. Je pense aux films sur la patrie, aux parades sur la place Rouge, aux enfants déguisés en soldats le jour de la Victoire. À tous les grands discours sur la famille. Je pense aux albums photo. J’ai une sensation d’arnaque infinie. Je demande C’est quoi cette mémoire sélective ? Je prends des risques parce que, si mon grand-père se retrouve dans une conversation qui ne lui plaît pas, il a un joker infaillible. Tout à coup, il regarde dans le vide et s’adresse à un pluriel imaginaire. Il dit Ne vous inquiétez pas, de toute façon avec moi, vous n’en avez plus pour longtemps. En général, ça fonctionne très bien. Je prends le « vous » pour moi. Je l’endosse et je culpabilise. Je dis des phrases comme Mais qu’est-ce que tu racontes ? Puis je dis qu’« on » l’aime et je le rassure. Mais pas cette fois. Cette fois je reste au singulier. Je parle en mon nom propre : Qui a besoin de ça ? Moi. Puis je range ma rage et je dis Lui par rapport à toi, c’est pareil que toi par rapport à moi. Si cette nuit on venait t’arrêter, tu ne crois pas que tu voudrais qu’un jour je demande justice ? Il me regarde et encore plus doucement dit Tu es comme lui, tu as la langue pointue. Fais attention, qu’ils ne t’emmènent pas, toi aussi. Où ça ? Au Goulag ? Mais ça n’existe plus !<br>Pas de réponse. »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Paul, 10/10/2026</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Polina Panassenko, À voix haute, L’Olivier, 264 pages</strong></p>



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		<title>Sophie Divry, Rochebrune</title>
		<link>https://lesescrivades.fr/sophie-divry-rochebrune/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Oct 2026 14:47:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Rentrée littéraire 2026 #18 Nous avons donc ici Isabelle, remariée avec Xavier. Isabelle est la mère de Noémie, 14 ans, fille de Karl. Xavier est le père de Léon, 7 ans, fils d’Amandine. On ne peut pas dire que tout baigne dans l’huile dans la famille recomposée. Il faut dire que Léon est assez pénible [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rentrée littéraire 2026 #18</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Nous avons donc ici Isabelle, remariée avec Xavier. Isabelle est la mère de Noémie, 14 ans, fille de Karl. Xavier est le père de Léon, 7 ans, fils d’Amandine. On ne peut pas dire que tout baigne dans l’huile dans la famille recomposée. Il faut dire que Léon est assez pénible et que son père n’a sans doute pas visionné tous les tutos sur l’éducation des enfants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour resserrer les liens, quoi de mieux qu’une petite semaine de vacances à la montagne ? D’autant que Xavier est passionné d’alpinisme. C’est parti !</p>



<p class="wp-block-paragraph">On se doute bien que les choses ne vont pas se passer comme prévu, sinon, pourquoi faire un livre ? La situation va vite partir en vrille, c’est la vie !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme elle aime le faire, Sophie Divry creuse la situation de départ, des plus banales, pour voir ce que ses personnages vont en faire. Comment des gens apparemment «&nbsp;normaux&nbsp;», classe moyenne plutôt aisée, avec boulot, logement et gamins vont-ils se comporter quand ça dérape. Avec au cœur du dérapage un accident climatique, parce que l’autrice est de son temps et qu’il faut s’intéresser à ces choses-là, qui peuvent toucher tout un chacun.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est cette attention portée aux vies ordinaires qui nous intéresse chez Divry, non pas comme des portraits bien léchés, mais comme des rats de laboratoire dont les réactions à divers stimulus sont surveillées par des scientifiques. Un peu comme dans ce film d’Alain Resnais, Mon oncle d’Amérique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et comme c’est bien fait, chacun et chacune pourrait, à condition d’être honnête, se reconnaître dans certains comportements. À vous de voir !</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Extrait<br>« La Berlingo prenait de l’altitude. De chaque côté de la départementale, les versants montagneux perdaient de la végétation à mesure que leurs pentes s’aggravaient. Le ciel se chargea encore. De rares rayons de soleil tombaient comme des doigts d’or sur les derniers arbres dans leur robe d’automne.<br>— Regardez, les enfants ! Ce sont des mélèzes, les seuls conifères dont les aiguilles changent de couleur à l’automne.<br>Noémie chuchota quelque chose à l’adresse de Léon qui se mit à rigoler. Isabelle dit tout bas à Xavier : Je pense qu’ils s’en fichent, tu sais. Mais Xavier n’entendit pas. La départementale suivait maintenant un cours d’eau d’une blancheur laiteuse : le torrent du Canéon, expliquait maintenant Xavier. Car il connaissait cette vallée des Hautes-Aigues depuis trente ans, il était venu à Rochebrune et à L’Hermitage alors qu’il était à peine plus âgé que Léon, il y avait fait ses premières ascensions, et il parlait du hameau comme d’une vieille connaissance. La Mecque de l’alpinisme, disait-il. Qu’est-ce que j’ai pu grimper là-haut… »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Paul, 8/10/2026</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Sophie Divry, <em>Rochebrune</em>, Actes Sud, 224 pages</strong></p>



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		<title>Addie E. Citchens, Les Révérentes</title>
		<link>https://lesescrivades.fr/addie-e-citchens-les-reverentes/</link>
		
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		<pubDate>Tue, 06 Oct 2026 14:19:22 +0000</pubDate>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rentrée littéraire 2026 #17</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Je dois faire une digression pour démarrer. J’ai fait une pause dans mes lectures de la rentrée littéraire&nbsp;2026 parce que je lisais Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir quand l’émoi déferla sur le monde éditorial. Enfin, plus précisément, quand l’IA nargua mon innocence bêtifiante. Je tombai alors d’embarras en chagrin. Et écrivant cela, je me demande si ça ne ressemble pas vraiment à ce que pourrait écrire la première Super Intelligence venue… (« Super Intelligence » : l’entreprise trumpienne de refonte du langage semble superfétatoire…).<br>Et voilà que je me dis qu’il va en falloir du courage à écrire en dehors de nos carnets intimes désormais. Moi, à chaque malheureuse publication sur mon fil FB, mon cœur se serrait toujours en songeant à ce que suspecterait un psy en me lisant, ce que corrigerait un enseignant en tombant de sa chaise devant les libertés prises avec le français, ce qu’un sociologue découvrirait entre mes lignes et voilà que désormais l’IA peut m’octroyer un pourcentage d’humanité en raison de mon amour déraisonné pour les métaphores…</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Bon, donc, j’ai fait ce que je sais le mieux faire, c’est-à-dire faire l’autruche, en me coinçant la tête dans le premier livre venu d’Ursula le Guin, SF forever and ever et quelques rom-pol aussi. Trouver qui a pu assassiner des personnages fictifs est une manière comme une autre de fuir la réalité (tendre toujours le bâton à son psy, hein…).</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Puis, la libraire m’a appelée parce qu’elle avait enfin reçu le livre que je lui avais commandé. J’ai replongé dans la rentrée littéraire, avec une sorte de ronchonnement qui pouvait se résumer à : « gnagnagna… foutue quatrième de couv… l’édition est une entreprise comme une autre… vendre des chaussettes, des armes à feu et/ou des livres… purée de purin… mais où va l’édition dis donc ?… »<br>(Fin de la longue parenthèse))))))))</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Les Révérentes est le premier roman de l’Américaine Addie E. Citchens.<br>L’histoire se déroule dans un état du Sud des E-U, dans une communauté chrétienne noire américaine.<br>Les deux narratrices principales sont deux femmes, la première est la femme du Révérend, le chef de la communauté. La seconde est la « petite amie » du dernier fils de la première.<br>Les hommes, leurs actes sont donc « décrits » par des femmes de deux générations différentes. Mais pas que… il y a aussi au milieu les brouillons des sermons que la Révérente écrit pour son mari. Oui, la femme est un « prête-plume » comme un autre (enfin un ghost-writer comme un autre).<br>Et puis (et je me demande si elles sont vraiment utiles au livre), il y a au milieu quelques descriptions de viols dont on ne sait pas qui est l’auteur, tant le violeur que le narrateur.<br>On peut résumer, comme le fait la quatrième de couverture, en : c’est une histoire d’emprise transgénérationnelle, emprise rendue possible par les systèmes dans lesquels vit la communauté, c’est-à-dire le patriarcat, la religion aussi.<br>Mais, je trouve que le livre renvoie aussi à ce qu’on peut se raconter en tant que femme pour « tenir » alors que c’est essentiellement le système que ces femmes tiennent par leurs arrangements avec la réalité.<br>Le livre évoque aussi la difficulté d’une sororité possible, et d’une protection possible des femmes les unes envers les autres, d’une génération à une autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">J’ai pensé tout du long à Toni Morrison et à son livre Délivrances. Ça doit être pénible d’être constamment comparée à l’autrice noire américaine qui dit-on « a plié le game »&#8230; Et j’en suis désolée mais je pense qu’il y a des liens de filiation littéraire évidents (attention, je ne parle pas de plagiat, hein). La forme est très proche, dans les deux cas l’histoire est racontée par les personnages féminins, la sororité est bien ambiguë, le lien mère-fille bien toxique, mais Morrison tire jusqu’au bout sa forme. Elle n’avait pas peur de grand chose Toni Morrison sans doute, ni même des psys, je dirais.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Les Révérentes est un livre sans prétention formelle (ou alors j’ai rien compris, ce qui est bien possible) mais qui m’a questionnée tout du long sur ce que peut bien vouloir dire : inscrire sa liberté dans une communauté, communauté qui reste une minorité. Être libre ou être libérée ?<br>Et la fin est vraiment très, très intéressante, notamment sociologiquement.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">La quatrième de couv. dit que nous assistons à la naissance d’un grand auteur. J’en sais vraiment rien du tout mais je crois que les chargés de com devraient lire ce livre sur pourquoi mentir n’est pas forcément la meilleure idée pour survivre dans ce monde…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Livie Livia, 6/10/2026<br></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Addie E. Citchens, Les Révérentes, Christian Bourgois, 288 pages</strong><br></p>



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<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Jean-Philippe Toussaint, La hantise</title>
		<link>https://lesescrivades.fr/jean-philippe-toussaint-la-hantise/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[admin]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Oct 2026 08:26:39 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Rentrée littéraire 2026 #16 Délicieux Jean-Philippe Toussaint ! Que l’on retrouve, de livre en livre, comme un précieux ami, un peu précieux dans son style d’une extrême délicatesse. Il est ici au mieux de sa forme, creusant le sillon de Jean, le personnage présenté d’abord dans La clé USB, rappelé pour Les émotions et revisité [&#8230;]</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rentrée littéraire 2026 #16</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Délicieux Jean-Philippe Toussaint ! Que l’on retrouve, de livre en livre, comme un précieux ami, un peu précieux dans son style d’une extrême délicatesse.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Il est ici au mieux de sa forme, creusant le sillon de Jean, le personnage présenté d’abord dans La clé USB, rappelé pour Les émotions et revisité cette année avec La hantise. Comme souvent chez l’auteur, le personnage ne se sent pas toujours maître de sa conduite, s’attendant toujours à une sortie de route. Et l’on tremble –&nbsp;métaphoriquement, s’entend&nbsp;– avec lui, car on a pris place derrière lui, on l’accompagne, tributaire de sa capacité à garder la main sur la situation.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Situation que Jean, fonctionnaire à la Commission européenne, basé à Bruxelles –&nbsp;ça tombe bien, Toussaint est belge&nbsp;– ne fait pas tout ce qu’il faudrait pour la simplifier. Le hasard –&nbsp;en est-ce bien un?&nbsp;– jette entre ses mains une clé USB –&nbsp;encore ? Oui !&nbsp;– qu’il ramasse et explore. Et qu’est-ce que l’on trouve, sur cette clé USB –&nbsp;l’histoire se passe en 2016, on peut admettre la clé USB&nbsp;– tombée du ciel, ou plutôt égarée par John Stavropoulos, lobbyiste à la solde de la Chine ? On trouve tout un tas de fichiers montrant comment le gouvernement chinois, par l’intermédiaire de lobbyistes, a monté un réseau de corruption de responsables politiques d’un certain pays européen, ainsi que de fonctionnaires de la Commission européenne, dans le but de favoriser les échanges avec la Chine.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Jean Detrez va bien se demander que faire de ces informations plus que sensibles. Faire l’autruche, rendre la clé à son propriétaire et ni vu ni connu, j’ai regardé, je veux rien savoir ; ou alors, fidèle aux convictions de son père, ancien commissaire européen, dont le sens éthique s’élève au moins jusqu’aux douze étoiles du drapeau bleu et jaune ?</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Sa décision va l’emporter dans une aventure digne d’un roman d’espionnage auquel Toussaint emprunte ses conventions. Sans aller jusqu’à la violence physique, mais sans faire l’impasse sur quelques scènes d’amour.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">À lire avec d’autant plus de plaisir que l’auteur nous en donne un peu plus que d’habitude avec les 288 pages de cet opus.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph">Extrait<br>« À l’automne 2016, trois mois avant la mort de mon père, j’ai été abordé au Parlement européen par John Stavropoulos, un lobbyiste qui travaillait pour la Chine (ou, si ce n’est directement pour la Sûreté d’État chinoise, pour un grand groupe de télécommunication basé à Dalian). Depuis ce jour, j’ai été entraîné dans un tourbillon d’événements qui m’a peu à peu dépassé. Un après-midi que ce John Stavropoulos m’avait donné rendez-vous dans le bar d’un grand hôtel bruxellois, il a égaré devant moi — délibérément ou pas, la question n’a cessé depuis de me hanter — une clé USB. J’ai aperçu la clé USB abandonnée par terre après son départ, et l’image est restée à jamais gravée dans ma mémoire : une clé USB noire sur le noir anthracite de la moquette. Je me suis penché pour la ramasser, et je suis rentré chez moi dans mon studio de la place du Châtelain pour en examiner le contenu.  »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Paul, 5/10/2026<br></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Jean-Philippe Toussaint, <em>La hantise,</em> Minuit, 288 pages</strong><br></p>



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		<title>Louise Chennevière, Faire la peau</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Oct 2026 07:44:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Chroniques Jean-Paul]]></category>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong>Rentrée littéraire 2026 #15</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Vous vous souvenez, dans l’album de Tintin L’affaire Tournesol, du passage dans lequel, le capitaine Haddock tente désespérément de se débarrasser d’un morceau de sparadrap ? Et toujours le sparadrap revient, pendant des pages et des pages ? Voilà, la mère de la narratrice des Faire la peau, c’est ça : impossible de la larguer. Pourtant, il y en a, des raisons ! Cette mère violente, colérique, paranoïaque, cocaïnomane, alcoolique, dépensière, jalouse, méprisante, pour rester dans les gentillesses. L’électeur lui-même a des envies de meurtre ! Alors comment s’étonner que la fille, en ait aussi&nbsp;?<br>Ce qui nous fait partager cette répulsion, c’est aussi la manière dont la narratrice va, vient et revient sur mille épisodes de cette relation toxique mère-fille, où les larmes, sont suivies de «&nbsp;jamais plus&nbsp;», «&nbsp;je ne veux plus te voir&nbsp;» puis de retrouvailles, de voyages, de dîners jusqu’au point de rupture systématique et au tombereau d’insultes déversées par cette mère indigne.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">On se dit qu’elle a bien du courage, la pauvre fille, ou qu’elle est inconsciente, inconséquente, et alors c’est à elle qu’on en veut de ne pas prendre la sale vache par les cornes et lui donner l’estocade ! Mais on est touché, par la persévérance avec laquelle elle insiste au long de son parcours de désintoxication maternelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">À propos de la forme, on notera un recours original à la virgule, un peu employée comme les deux points, déclenchant chez le lecteur un temps d’arrêt et une attention renforcée. Déroutant au début, on s’y fait. En guise de clin d’œil, on en trouvera quelques exemples, dans cette chronique.<br></p>



<p class="wp-block-paragraph" style="line-height:1.2">Jean-Paul, 30/09/2026</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph"><em>Le début</em><br>« J’ai toujours attendu la mort de ma mère. Derrière cette attente, vous pouvez mettre tout ce que vous voulez. La terreur et l’espoir, la détresse et le soulagement, la toute-puissance et la soumission, la rage et l’amour, la mélancolie et le désir de vivre, tout, vous pouvez mettre tout cela car tout cela y est. Je dis toujours mais cette attente a dû naître quelque part, un jour précis, une heure, ou peut-être s’est-elle forgée lentement, apprise au cours des choses auxquelles il ne semblait pouvoir y avoir d’autre issue. Comme d’autres filles se voyaient avancer vers l’autel dans une longue robe blanche, je me voyais, moi, toute de noir vêtue marchant derrière le cercueil de ma mère. »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Jean-Paul, 2/10/2026<br></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Louise Chennevière, <em>Faire la peau</em>, P.O.L, 286 pages</strong><br></p>



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