Chroniques Livie

Tom Newlands, Ici, maintenant

Les Escrivades

Rentrée littéraire 2026 #20

En ouvrant un livre, nous prenons souvent le risque de croiser des personnages fictionnels qui peuvent traverser nos vies, d’autres s’y installer durablement, d’autres encore avec qui on entretient des rapports troubles et qu’on cherche même à foutre à la porte.
Dany Laferrière raconte que la littérature lui permet d’avoir des amis auteurs du Moyen-Âge.
Je crois qu’on peut être encore plus premier degré, devenir pote avec Sancho Panza et balancer des proverbes à chaque fois qu’on rencontre des Don Quichotte tout de théories vêtus. Et notre contemporanéité ne semble pas en manquer.

J’avais donc oublié la force des personnages (depuis Sibylle de Continuer de Laurent Mauvignier), jusqu’à ce que je rencontre Cora, le personnage de Ici, maintenant de Tom Newlands.
Nous suivons Cora, Cora Mowat, pendant quatre années d’adolescence, dans les années 90, dans une petite ville au nord de l’Écosse qui fut un bastion du charbon et qui n’a pas su rebondir. Euphémisme capitaliste. C’est la misère, économique, sociale, humaine. Et Cora, elle n’a pas trop eu de chances au tirage de la loterie familiale. Enfin, dans la moyenne de son bled, sans doute. Et bien sûr, à l’aube de « devenir adulte », elle va vivre son lot de malheurs et tenter de se trouver une vie.
Évidemment, le cinéma de Ken Loach n’est pas loin.

En ces temps où il semble que ne cesse de s’élever le mur entre les générations et qu’il semble de plus en plus ne pouvoir sauter qu’à coups de bombes atomiques, je ne suis pas mécontente d’avoir rencontré Cora. Cora Mowat et quelques uns de sa famille aussi.

Oui, nos liens familiaux sont plus que jamais soumis à la loi des marchés, indexés sur la honte de ne pas pouvoir se sortir d’un milieu où entre le chômage et le chômage, il y a la chourre, la drogue et la violence. Et si on avait tous en nous un jeune et un vieux qui ne demandent qu’à se faire un long hug ? Ou un Sancho Panza murmurant des proverbes immémoriaux à l’oreille de Don Quichotte enfin prêt à sortir des éditoriaux ? Une Cora qui se met à courir à chaque fois qu’on voit quelque chose qu’on ne veut pas voir jusqu’à ce qu’on décide que bon, on peut accepter être qui on est, c’est pas plus mal qu’une autre identité ?

J’ai bien conscience que ça ressemble un peu à une mièvrerie du style : « on n’est pas aussi seul qu’on veut bien nous le vendre » mais bon ce bouquin, écrit à la première personne de Cora, m’a réjoui et je vous le dis.

Livie Livia, 11/10/2026

Tom Newlands, Ici, maintenant, Métailié, 368 pages

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