Chroniques Jean-Paul

Louise Chennevière, Faire la peau

Les Escrivades

Rentrée littéraire 2026 #15

Vous vous souvenez, dans l’album de Tintin L’affaire Tournesol, du passage dans lequel, le capitaine Haddock tente désespérément de se débarrasser d’un morceau de sparadrap ? Et toujours le sparadrap revient, pendant des pages et des pages ? Voilà, la mère de la narratrice des Faire la peau, c’est ça : impossible de la larguer. Pourtant, il y en a, des raisons ! Cette mère violente, colérique, paranoïaque, cocaïnomane, alcoolique, dépensière, jalouse, méprisante, pour rester dans les gentillesses. L’électeur lui-même a des envies de meurtre ! Alors comment s’étonner que la fille, en ait aussi ?
Ce qui nous fait partager cette répulsion, c’est aussi la manière dont la narratrice va, vient et revient sur mille épisodes de cette relation toxique mère-fille, où les larmes, sont suivies de « jamais plus », « je ne veux plus te voir » puis de retrouvailles, de voyages, de dîners jusqu’au point de rupture systématique et au tombereau d’insultes déversées par cette mère indigne.

On se dit qu’elle a bien du courage, la pauvre fille, ou qu’elle est inconsciente, inconséquente, et alors c’est à elle qu’on en veut de ne pas prendre la sale vache par les cornes et lui donner l’estocade ! Mais on est touché, par la persévérance avec laquelle elle insiste au long de son parcours de désintoxication maternelle.

À propos de la forme, on notera un recours original à la virgule, un peu employée comme les deux points, déclenchant chez le lecteur un temps d’arrêt et une attention renforcée. Déroutant au début, on s’y fait. En guise de clin d’œil, on en trouvera quelques exemples, dans cette chronique.

Jean-Paul, 30/09/2026

Le début
« J’ai toujours attendu la mort de ma mère. Derrière cette attente, vous pouvez mettre tout ce que vous voulez. La terreur et l’espoir, la détresse et le soulagement, la toute-puissance et la soumission, la rage et l’amour, la mélancolie et le désir de vivre, tout, vous pouvez mettre tout cela car tout cela y est. Je dis toujours mais cette attente a dû naître quelque part, un jour précis, une heure, ou peut-être s’est-elle forgée lentement, apprise au cours des choses auxquelles il ne semblait pouvoir y avoir d’autre issue. Comme d’autres filles se voyaient avancer vers l’autel dans une longue robe blanche, je me voyais, moi, toute de noir vêtue marchant derrière le cercueil de ma mère. »

Jean-Paul, 2/10/2026

Louise Chennevière, Faire la peau, P.O.L, 286 pages

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