Ken Kesey, Jusqu’à ce que les vagues nous libèrent

Ah le beau livre que voilà ! Vous savez, ce genre de livre auquel on pense quand on n’est pas en train de le lire. Quand on écourte une sortie pour le retrouver au plus vite. Quand on s’inquiète en voyant irrémédiablement baisser la pile de pages sous notre main droite, même si l’objet pèse le poids de ses 496 pages et de son épaisse couverture dont on éprouve de l’ongle la surface grainée (ah le bel éditeur que Monsieur Toussaint Louverture !).
On connaît peu Kesey comme auteur de Vol au-dessus d’un nid de coucou tant nous a marqués le film de Milos Forman. Son deuxième roman, Et quelque fois j’ai comme une grande idée, en avait déconcerté plus d’un du fait de son processus narratif complexe. En entremêlant les vois extérieures et intérieures (souvent hermétiques pour celui qui est à l’extérieur) de ses personnages, l’auteur ne facilitait pas la tâche du lecteur. Par contre, une fois pris le coup, on accédait à une autre dimension du récit et c’était grand !
Pas de ça dans ce livre-ci, paru en 1992 mais traduit et publié en France en 2025. On a toujours accès à la pensée des personnages, mais d’une façon plus fluide. Plus facile mais sans doute moins profond.
L’histoire se déroule en Alaska, dans un futur proche en proie aux désordres climatiques et politiques. Nous sommes à Kuniak, une petite ville de pêcheurs qui voit débarquer un beau jour une équipe de tournage dont on se demandera au fil du récit s’ils sont bien là pour faire un film ou pour un projet moins avouable.
Voilà en tout cas une sacrée galerie de personnages ! Des DEPAP (Descendants des peuples autochtones premiers), des esquimaux, des états-uniens pur sucre… Le protagoniste, Ilk, va bien sûr se trouver entraîné dans la lutte contre le Mal, espantant au passage la jeune autochtone actrice du film ! Et notre beau héros se pavane devant l’infante esquimaude.
L’écriture de Kesey reste superbe, multipliant les images surprenantes. On peut se demander si le livre a été écrit sous substance, étant donné le parcours de l’auteur, grand consommateur de tout ce qui pouvait l’emporter dans d’autres états de conscience, pionnier des aventures psychédéliques dans les années 1960. Ce qui est sûr, c’est que le lecteur prend beaucoup de plaisir, embarqué dans ce monde déjanté.
Jean-Paul
Ken Kesey, Jusqu’à ce que les vagues nous libèrent, Monsieur Toussaint Louverture, 2025, 496 pages