Rentrée littéraire 2026 #03

Dans sa loge de concierge d’un quartier très bourgeois, la maman d’Eugene a recréé un décor digne de la RDA des années 1960 qu’elle a quittée pour s’installer à Paris en 1968. Le fils va devenir un mathématicien de génie, les maths étant pour lui la discipline demandant un moindre capital culturel.

Mais, s’interroge-t-il, d’or vient cette maman qui persiste dans son rôle de camarade, enchaînant réunions de cellule et création d’un syndicat sauvage de concierges. Eugene a passé les quatre premières années de sa vie à l’Est, il ignore tout des raisons qui ont poussé sa mère à émigrer. Il va donc chercher (quête du protagoniste…).

Un roman n’existe pas sans coïncidences : imaginons le Petit Chaperon rouge allant porter son panier à sa mère-grand, Tiens mémé, voilà, allez bisous, je file, j’ai une interro demain, elle rentre bien tranquille, elle aura une note convenable… L’intérêt serait assez limité, sans si la forme prend le dessus et en arrive à constituer la véritable aventure. Si vous aimez les coïncidences, vous ne serez pas déçus : le gars a pour directeur de thèse le frère de sa petite copine, il est témoin du meurtre de Malik Oussékine par des policiers voltigeurs, sa mère a rencontré Rudi Dutschke, dirigeant du mouvement étudiant allemand en 1968, elle grenouille dans différentes mares, etc.

Quand on se risque à situer son histoire dans un contexte réel, on doit accepter de travailler un peu plus, de se documenter, ce que l’auteur n’a pas suffisamment fait. Par exemple, sa vision du mouvement étudiant de 1986 et de ses organisations est caricaturale et non exempte d’erreurs. Tant qu’à faire, il aurait situé Paris au bord de la mer que cela ne nous eût point étonné !

Malgré tout le personnage est attachant, on adhère à sa quête car on a bien envie de savoir ce qu’ vécu sa mère en Allemagne.

Jean-Paul, 28/08/2026

Yan Pradeau, Camarade Maman, La Tribu, 304 pages

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