Les Escrivades

Rentrée littéraire 2026 #18

Nous avons donc ici Isabelle, remariée avec Xavier. Isabelle est la mère de Noémie, 14 ans, fille de Karl. Xavier est le père de Léon, 7 ans, fils d’Amandine. On ne peut pas dire que tout baigne dans l’huile dans la famille recomposée. Il faut dire que Léon est assez pénible et que son père n’a sans doute pas visionné tous les tutos sur l’éducation des enfants.

Pour resserrer les liens, quoi de mieux qu’une petite semaine de vacances à la montagne ? D’autant que Xavier est passionné d’alpinisme. C’est parti !

On se doute bien que les choses ne vont pas se passer comme prévu, sinon, pourquoi faire un livre ? La situation va vite partir en vrille, c’est la vie !

Comme elle aime le faire, Sophie Divry creuse la situation de départ, des plus banales, pour voir ce que ses personnages vont en faire. Comment des gens apparemment « normaux », classe moyenne plutôt aisée, avec boulot, logement et gamins vont-ils se comporter quand ça dérape. Avec au cœur du dérapage un accident climatique, parce que l’autrice est de son temps et qu’il faut s’intéresser à ces choses-là, qui peuvent toucher tout un chacun.

C’est cette attention portée aux vies ordinaires qui nous intéresse chez Divry, non pas comme des portraits bien léchés, mais comme des rats de laboratoire dont les réactions à divers stimulus sont surveillées par des scientifiques. Un peu comme dans ce film d’Alain Resnais, Mon oncle d’Amérique.

Et comme c’est bien fait, chacun et chacune pourrait, à condition d’être honnête, se reconnaître dans certains comportements. À vous de voir !

Extrait
« La Berlingo prenait de l’altitude. De chaque côté de la départementale, les versants montagneux perdaient de la végétation à mesure que leurs pentes s’aggravaient. Le ciel se chargea encore. De rares rayons de soleil tombaient comme des doigts d’or sur les derniers arbres dans leur robe d’automne.
— Regardez, les enfants ! Ce sont des mélèzes, les seuls conifères dont les aiguilles changent de couleur à l’automne.
Noémie chuchota quelque chose à l’adresse de Léon qui se mit à rigoler. Isabelle dit tout bas à Xavier : Je pense qu’ils s’en fichent, tu sais. Mais Xavier n’entendit pas. La départementale suivait maintenant un cours d’eau d’une blancheur laiteuse : le torrent du Canéon, expliquait maintenant Xavier. Car il connaissait cette vallée des Hautes-Aigues depuis trente ans, il était venu à Rochebrune et à L’Hermitage alors qu’il était à peine plus âgé que Léon, il y avait fait ses premières ascensions, et il parlait du hameau comme d’une vieille connaissance. La Mecque de l’alpinisme, disait-il. Qu’est-ce que j’ai pu grimper là-haut… »

Jean-Paul, 8/10/2026

Sophie Divry, Rochebrune, Actes Sud, 224 pages

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