Pierre Ducrozet, Éden

Rentrée littéraire 2026 #27
De Marseille jusqu’à un point paumé du Pacifique Sud, Éden poursuit sa quête. C’est en le suivant que essaierons de savoir ce qu’il cherche. Car lui non plus ne le sait pas.
Éden a vingt-trois ans, il vit de petites rapines à Marseille et reste farouchement attaché à sa liberté, au risque de passer à côté de ce que la vie pourrait lui offrir. C’est grâce ou à cause d’un mécène qu’il va se lancer à l’aventure, en commençant par embarquer sur un navire du dit mécène. Car en fait de mécène, Sören Duvall est le président d’une gigantesque compagnie de transport maritime qui a fait construire pour ses bureaux une tour géante sur le port de Marseille. Il a également investi dans les médias, entre autres. Et il se targue de sauver le monde, dans des élans à la Bill Gates. Il a fait appel pour l’y aider à Amalia, la mère d’Éden et il lance ce dernier sur les traces de sa mère.
La quête devient l’occasion pour le jeune homme de se remettre en question, de reconsidérer certaines relations avec ses proches, jusqu’à la résolution finale où il devra bien trancher.
Nous assistons à des apparitions et des disparitions : un porte-conteneurs géant, des marins, des pirates, une amie d’enfance, une cité paradisiaque, une île volcanique et les incessantes questions existentielles de notre héros. C’est plein de beaux sentiments, dans une langue très percutante.
Extrait
« Éden sort à l’aube de sa cabine, descend les escaliers, arrive au pont. Il pousse la lourde porte pressurisée, le vent frais le prend. Au loin les premières lueurs. Tout son corps se tasse, fouetté par l’irruption du monde. Le navire tangue, une brume de gouttelettes tapisse son visage, Éden s’essuie et avance. Il a ses chaussures de sécurité aux pieds, sa combinaison, son casque, il a même enfilé ses gants, et il s’élance à pas comptés sur le passavant gauche. Il voudrait enfin prendre la mesure du cargo qui l’abrite. Il a un peu moins peur à présent. Sa main gauche tient fermement la rambarde, son corps suit derrière, malgré la décharge dans son épaule. Le sol est recouvert en cadence d’une traînée d’eau. Éden continue. Sur le côté, les travées latérales où s’alignent les conteneurs, bleu-noir, rouge rouillé, rose vif et jaune ocre, l’insensé Tetris. Des étages de trois ou quatre cubes, et il y en a autant, voire plus, sous la coque – Vlad le lui a appris hier. Éden avance. Ce couloir extérieur est sans fin. De la rouille sous ses pieds. À côté, et partout, l’océan sans bords et sans plis le sidère. »
Jean-Paul, 26/10/2026
Pierre Ducrozet, Éden, Actes Sud, 256 pages
Toutes les chroniques > https://lesescrivades.fr/chroniques/
