Emma Marsantes, N’efface pas mes cercles

Rentrée littéraire 2026 #29
Ce qui frappe d’abord dans ce texte, c’est la façon dont ça coule, le rythme des phrases, les alexandrins qui se faufilent en essayant de ne se faire remarquer qu’à peine, mais pas seulement. On est pris par ce flux de la vie dans le long fleuve tranquille de familles très bourgeoises à la prolifique descendance. Alors, on peut s’y perdre par moments, avec tous ces enfants, gendres, belle-fille, petits-enfants, c’est sans doute le propre de ces grandes fresques familiales.
Tout ce monde traverse les deux dernières guerres mondiales, certains périssent, d’autres s’en reviennent en méforme, doux euphémisme. Il y a aussi les colonies, le Cameroun, l’épouse qui ne supporte pas. Heureusement, l’indépendance arrive et il faut rentrer. Mais le tissu familial n’en finit pas de craquer, de se déchirer, laissant quelques personnalités en lambeaux. Ainsi, le suicide de la mère de la narratrice forme une colonne vertébrale autour de laquelle le récit s’organise. Il ne suffit pas, pour être d’heureux, d’avoir tout pour l’être. Refrain connu.
Le récit familial constitue aujourd’hui un domaine important de la production romanesque, n’hésitant pas à creuser là où ça fait mal. Comme par exemple, avec ce beau roman, dans la domination patriarcale exacerbée par la tradition bourgeoise chrétienne.
Le début
« Neuilly-sur-Seine, mercredi 8 octobre 1980, une jeune femme se pend dans un appartement cossu. Elle en a décidé ainsi.
Elle ignore les idées tierces, les objections, elle se déleste du dilemme.
Elle s’autorise.
Elle renverse d’un coup la morale et la chaise.
Il est sept heures, une pluie monotone chantonne, le jour se lève, ma mère se tue. Je me rendors. Où est la faute ?
Autour d’elle, des pièces immenses, des couloirs qui s’étirent sous une succession de plafonds, triple entrée, baies vitrées et balcons en étage élevé.
Le ciel à vide, la cime des arbres, des perspectives à nu. »
Jean-Paul, 29/10/2026
Emma Marsantes, N’efface pas mes cercles, Verdier, 256 pages
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