Yannick Haenel, La solitude des professeurs est infinie

Rentrée littéraire 2026 #04
Tiens, un prof ! Alors, heureux, le prof ? Non, pas vraiment. Pourtant, il y croit, lorsqu’il arrive sur son premier poste, un collège de la banlieue parisienne, ni chic ni dévastée. Il débarque bardé de diplômes, Capes, agreg, et, comme dit le cliché, « se heurte au réel », se le prend en pleine gueule. Pas tellement de la part des élèves, avec lesquels il ne s’en tire pas trop mal, mais l’administration, la direction et les collègues n’y mettent pas du leur ! Et là, quand tous s’y mettent, tu peux en effet te retrouver dans une solitude infinie.
Faut dire que parfois, notre héros, Jean Deichel, donne le bâton pour se faire battre. Ses séances alcoolisées l’envoient parfois dans le décor duquel personne ne précipite pour le sortir. Ne lui reste plus alors qu’à rêvasser, se trouver un banc sous quelques arbres au fond de la cour du collège, faire de son exil dans un préfabriqué que l’on gagne en enjambant les herbes sauvages, un petit royaume où l’on ne viendra pas le chercher.
L’auteur nous accompagne dans les rêveries de ce professeur solitaire, pour toucher parfois au mystique qu’il nourrit de ses mythes. La vocation peut-elle casser des briques ? auraient pu dire les situationnistes. Breaking the walls ! L’alternance entre ces phases introspectives et le récit de la banalité d’une vie rythmée par le RER, les sonneries incessantes du collège et les errances du personnage nous colle à une vie que l’on voit se perdre, jusqu’à ce qu’à la fin du récit l’auteur évoque Samuel Paty et Dominique Bernard.
Où l’on voit que l’humour peut côtoyer le drame, quand on sait faire !
Jean-Paul, 2/09/2026
> Sélection Goncourt 2026
Yannick Haenel, La solitude des professeurs est infinie, Gallimard, 320 pages
Toutes les chroniques > https://lesescrivades.fr/chroniques/
