Chroniques Jean-Paul

Phoebe Hadjimarkos Clarke, Le livre des souterrains

Les Escrivades

Rentrée littéraire 2026 #10

Voilà de bonnes questions, de bonnes propositions de départ pour un atelier d’écriture : qu’est-ce qu’un souterrain, qu’est-ce que le mot « souterrain » évoque pour nous, quels souterrains connaissons-nous, dans lesquels avons-nous pénétré, lesquels avons-nous parcouru, avons-nous des souterrains en nous ?

Des questions que l’on peut se poser à la lecture de ce livre qui se présente, ainsi qu’il est dit dès le premier paragraphe, comme le journal intime d’une artiste performeuse. À ces deux niveaux de texte s’en ajoute un troisième, constitué de pages trouvées par Marie, la protagoniste. Ce troisième texte peut être considéré comme un niveau souterrain à l’intérieur du deuxième texte, mais qu’il rejoint parfois par des passages pas toujours évidents.

Et oui, en effet, la lecture n’est pas forcément des plus simples. Mais chaque lecteurice – l’écriture inclusive portée par une typographie adaptée étant une composante importante de certains passages – pourra trouver ses propres accès, établir ses propres liens symboliques entre le roman et le monde réel – si cela signifie encore quelque chose – dans lequel nous survivons. Par exemple l’écho entre les règles abondantes qui s’écoulent pendant une longue partie du roman et les clandestins qui s’évertuent à passer les obstacles dressés à la frontière entre la France et l’Allemagne, dans un monde à peine dystopique.

C’est en tout cas une lecture assez dérangeante – « un livre dont vous ne sortirez pas indemne » comme disent les publicitaires à la manque – Ah mais que ça m’énerve, cette formule !

Le premier paragraphe
« Le 30 juillet 2030, l’artiste Marie Marzouk disparaissait sans laisser de trace au prieuré de Glücksheim, où elle donnait une performance dont elle avait refusé de communiquer le protocole au préalable. Nous ne saurons donc jamais avec certitude si sa disparition était l’objet de ce travail, ou au contraire le malencontreux corollaire d’une prise de risque artistique qui aura caractérisé l’ensemble d’une carrière cahoteuse, dont les premiers coups d’éclat, mêlant performance, conférences théoriques et art vidéo (Partition pour bouche seule ou Sous le signe de la Vierge par exemple), marquèrent par leur insolence et leur radicalité féministe. Ses manifestations ultérieures, pourtant, ne tinrent que trop rarement les promesses des premiers temps (seuls l’ambitieux Untitled #6 (Plate) ou Transitory State se démarquent dans une carrière en demi-teinte à partir du mitan des années 2010).
Unique indice permettant de tenter de comprendre sa démarche, un journal intime documentant ses dernières semaines fut retrouvé dans sa chambre d’hôtel. Ce sont ces écrits que vous allez découvrir dans le présent volume.. »

Jean-Paul, 13/09/2026

Phoebe Hadjimarkos Clarke, Le livre des souterrains, Éditions du sous-sol, 336 pages

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