Laura Kasischke, Baignade surveillée

Rentrée littéraire 2026 #09
Richie Mannings, petit garçon états-unien, aurait mieux fait, le 16 juillet 1969, de rester devant la télévision et d’attendre des nouvelles des trois astronautes partis en excursion sur la lune. Mais la lune, il s’en fiche, Richie. Il ne demande pas la lune, il demande la piscine ! Pour barboter dans le petit bassin – disons même la partie du bassin appelée « petit bassin » par opposition à la partie « grand bassin » dont elle est séparée par une corde flottante (séparée en principe parce qu’au moment où Richie barbote, quelqu’un a oublié de remettre la corde flottante) – et, dans ce petit bassin, barboter, plonger la tête sous l’eau pour regarder les autres baigneurs, et même les espionner, et s’approcher un peu trop du grand bassin dans lequel il va finir par se noyer. Ouf, on reprend son souffle, contrairement à Richie.
Le drame est noué dès les premières pages, même si de nombreux détails sur l’accident et son contexte nous seront livrés au fil des pages. C’est ça, que fait Kasischke, elle va, revient, repart, revient encore dans le temps, entre les points de vue des personnages. Richie, bien sûr, sa maman sur la pelouse la piscine qui l’a perdu de vue, accaparée par le jeune frère, le papa, en voyage d’affaires, la voisine, les collègues de travail du père et la maître-nageuse qui elle aussi a loupé un épisode et ça c’est pas malin, cocotte, t’es payée pour ça ! Sans oublier la petite fille rousse qui pédale sur un vélo trop grand pour elle, au sujet de laquelle on se demande bien pourquoi l’auteur nous raconte tant de choses.
Le roman reconstruit le contexte ultra précis, à la façon des peintres hyperréalistes, de la noyade et de ses conséquences pour la petite communauté de Mission Hills. Et cet évènement nous fait oublier que pendant ce temps, deux hommes marchent sur la lune.
Comme quoi on est peu de chose…
Le premier paragraphe
« Cet après-midi-là, la maître-nageuse ne vit pas Richie Manning, le petit garçon qui se noyait au milieu de la piscine, sous un ciel si bleu et dégagé qu’un film transparent semblait avoir été tendu entre la Terre et l’espace, comme de la cellophane sur une salade de pommes de terre qu’on apporte chez des amis. »
Jean-Paul, 11/09/2026
Laura Kasischke, Baignade surveillée, Gallimard, 320 pages
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