Les Escrivades

Rentrée littéraire 2026 #11

Il existe des critiques littéraires plus-que-parfaites de ce livre. Je veux dire que j’ai, après avoir lu l’ouvrage, eu besoin de me plonger dans l’avis des autres parce que j’avais du mal à dire quelque chose de Nous aussi d’Anne Godard.
Critiques (plutôt) unanimes, (plutôt) dithyrambiques.
Et je suis (plutôt) d’accord avec ce que la critique en raconte.
Je vous renvoie notamment à la critique parue chez En attendant Nadeau, « La dictature des pronoms » rédigée par Yaël Pachet.

Mais j’avais quand même envie de partager quelque chose de ma déroute de lecture. (Oui, je suis souvent perdue, j’en conviens).

Dans ce roman, on poursuit l’exploration du sujet de l’inceste.
C’est-à-dire que dans Nous aussi, Anne Godard nous mène explorer l’insoutenable porosité du nous incestué.

Les critiques soulignent que la puissance de ce livre tient à l’utilisation singulière du pronom indéfini « on ». Qui signerait la dissolution de l’individualité (dès la naissance) dans un collectif familial, qui permet la perpétuation de crimes dont on ne sait plus très bien qui du bourreau est la victime, qui de la victime est le bourreau. On ne sait même pas vraiment qui déréalise au point que ce qui est considéré comme grave serait que les enfants utilisent des gros mots sexualisés tout en les laissant tranquillement jouer à touche-pipi (euphémisme).

La forme du livre est, je crois, une tentative de réponse (et une tentative d’émancipation ?) autour de ce trou noir qu’est la reproduction de l’inceste, de la violence comme une traînée de poudre d’un enfant à un autre.

Comme l’écrit encore Yaël Pachet, « malgré les témoignages, les enquêtes, les missions gouvernementales, les innombrables instructions ministérielles, et surtout les romans remarquables qui traitent de ce sujet (parmi lesquels Nous aussi s’imposera sans aucun doute), les violences sexuelles intrafamiliales restent, dans notre pays, insuffisamment repérées. »

En lisant ce travail d’Anne Godard, j’ai eu parfois l’agacement du dégoût. Car, rien de nouveau sous le soleil, hein. Ou plutôt rien de nouveau sous les oripeaux de ceux qui estiment que le soleil se lève avant tout pour eux. Ou quand le la est donné par des dégénérés…

Que laisse-t-on faire ? Qui laisse faire quoi ?

C’est un livre qui poisse.
Qui laisse avec autant de questions que de réponses. Sur qu’est-ce qui est grave ? Et qui décide de ce qui est grave ? Qui juge et qui condamne ?
Mais purée de purin, comment peut-on rester aussi calme dans l’œil du cyclone ?
(Et je dois avouer qu’il me dubitative un tantinet ce livre sur ce qu’on pose – encore – sur les épaules des mères : reposer et peser… mais c’est peut-être mon propre gouffre… Comme si l’instinct maternel devait être la protection absolue (façon Harry Potter), qu’il pourrait être exempt de tout façonnage culturel…).

Nous aussi est (il me semble) un livre important à qui s’intéresse au (non-)tabou de l’inceste dans notre société et à qui s’intéresse aussi à ce que la littérature tente de faire advenir comme changement de récit anthropologique.

Livie Livia, 15/09/2026Jean-Paul, 13/09/2026

Anne Godard, Nous aussi, Actes Sud, 240 pages

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