Philippe Jaenada, L’Inconnue du quai de Javel

Rentrée littéraire 2026 #06
Vous aimez Maigret ? Vous aimez suivre ses pérégrinations qui aboutissent à la résolution d’enquête policière bien emberlificotée ?
Vous aimez quand le passé fait résonner le présent et vice-versa.
Vous aimez que le réel s’impose à la fiction ? Vous aimez que soudain la fiction éclaire autrement le réel ?
Vous aimez qu’on vous prenne par la main pour vous raconter une histoire ? Et qui plus est une histoire enchâssée dans l’Histoire ?
Vous aimez les phrases à rallonge ? Les digressions à n’en plus finir ? Les questions en suspens dont les réponses s’imposent finalement sans qu’on y pense ? Les sous-textes incrustés dans les intertextes ? Les multiparenthèses ouvertes dont il est plus sage d’en fermer plusieurs en même temps, de temps en temps et à la louche ?
Philippe Jaenada nous offre tout cela. Et même plus encore.
L’inconnue du quai de Javel est une jeune femme, Louise Cantot, débarquée de la campagne pour vivre à Paris où elle vit le temps de l’occupation et l’après-guerre. Car Louise Cantot est retrouvée assassinée, la nuit du 6 septembre 1949, sur le quai de Javel. Son meurtrier n’a jamais été identifié.
L’auteur nous ouvre l’horizon face à une autre manière de vivre, non pas en nous amenant en Amazonie mais en nous baladant dans les archives policières, journalistiques, romanesques, d’état civil pour résoudre le meurtre de Louise (après avoir passé autant de temps avec elle, je crois que je peux l’appeler respectueusement par son prénom).
Fidèle à son mode opératoire qui consiste à s’intéresser à un fait divers ressurgi du passé, Jaenada tricote un palimpseste dans lequel il nous plonge avec lui.
La reviviscence de ce cold-case est d’une douceur trépidante, on suit ça sur l’épaule protectrice mais sans concession de l’auteur.
Et puis, dans ce grand maelström où jamais on ne se perd (génie du conteur), je crois que chacun peut trouver un angle de lecture plus grand encore. Comme l’empathie dont Jaenada fait preuve pour les destins humains dont le genre assigne parfois à des tragédies déjà courues d’avance. Sans en faire le (seul) centre du roman, l’auteur, et sans en avoir l’air, nous parle de comment un homme peut compatir aux violences subies par les femmes, de sa seule place d’homme (mais c’est beaucoup plus subtil que ça).
Et jusqu’au bout, le suspens est tenu (et encore une fois, sans en avoir l’air).
Livie Livia, 5/09/2026
Philippe Jaenada, L’Inconnue du quai de Javel, Flammarion, 528 pages
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