Chroniques Jean-Paul

Tiffany Tavernier, Congés payés

Les Escrivades

Rentrée littéraire 2026 #21

On oublie souvent d’où nous viennent les congés payés, il n’est pas mauvais de le rappeler de temps à autre ! Et de voir comment les bourgeois ont eu du mal à les accepter. Ça leur est vraiment resté en travers de la gorge. On a ainsi une scène dans ce roman où un groupe de gros riches (comment les appelleriez-vous ?) s’en prend d’une manière ignoble à une ouvrière et son fils qui ont eu l’impudence de s’installer sur un bout de plage que ces gens-là estiment devoir leur être réservée.

Mettez cela en perspective avec la guerre d’Espagne puisqu’on est en été 1937 à Biarritz et que Santander, de l’autre côté de la frontière, est en train de tomber aux mains des fascistes, au prix de soixante-dix mille morts ou prisonniers. Autre perspective, l’Allemagne nazie – qui arme les rebelles fascistes espagnols – et l’ombre de la Première Guerre mondiale. C’est un ancien combattant de 1918, encore jeune, grand bourgeois qui va se révolter contre sa classe et soutenir la mère et son fils harcelés par sa propre épouse.

Cette scène de la plage me semble le principal tournant du livre tant les caractères en présence sont tracés en force et laissent transparaître la violence de l’affrontement de classe. Et l’amour ne sauvera pas tout.

On pardonnera à l’autrice ses anaphores inutiles et maladroites pour rester sur des personnages attachants, même avec leur aspect parfois caricatural.

Jean-Paul, 12/10/2026

Tiffany Tavernier, Congés payés, L’Olivier, 264 pages

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Le début
« TOUT EST ALLÉ SI VITE, Luis soudain, là, dans la chambre : « Allez, je vous embarque ! », cinq ans qu’elle ne l’a pas vu, au début elle dit non bien sûr, d’où est-ce qu’il arrive, et qu’est-ce qu’il a fait depuis toutes ces années, partir en vacances en plus, comme si elle avait assez d’argent pour ça, à peine de quoi survivre en cumulant sa paie d’usine et ses travaux de couture, deux tabliers par soir, trois si elle tient au-delà de minuit, Luis n’en démord pas, « on part, je te dis, tu prends tes quinze jours », Emma au bord de défaillir, tout cet argent qu’elle doit, comme si elle pouvait se les offrir, ces congés, alors, non, non et non ou se retrouver à la rue, Julien, son fils, à présent, « allez, maman, dis oui, à trois, on se débrouillera », Emma comme une idiote, « mais enfin… le terme, le charbon, non, je… », Luis s’avance vers elle, la soulève en riant, « de toutes les façons, t’as pas le choix, je les ai déjà achetés, les billets, et pour l’argent, je paie tout, même ton terme, voilà, t’es contente ? »

Jean-Paul, 10/10/2026

Tiffany Tavernier, Congés payés, L’Olivier, 264 pages

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