Chroniques Jean-Paul

Giuliano da Empoli, Le fondateur

Les Escrivades

Rentrée littéraire 2026 #26

Après avoir épinglé dans Le mage du Kremlin un personnage qui nous rappelait un homme politique bien connu, Da Empoli s’attaque ici aux surpuissants qui s’occupent des données qui circulent sur les réseaux mondiaux. Ceux qu’il appelle les fondateurs (dans le roman, eux-mêmes se nomment ainsi). Ceux qui pensent que le véritable pouvoir n’est plus entre les mains des politiques, pas même entre les griffes des multimilliardaires, mais dans les calculateurs des gérants de la tech. Que peut-on faire lorsque l’on a accès à toutes les données, sensibles ou non, provenant des personnes, des entreprises, des états, des services de renseignement et j’en passe et des pires ? Non seulement qu’on y a accès, mais que l’on sait les connecter, les additionner, les croiser et les exploiter grâce à une intelligence artificielle surdouée ? L’impossible a tendance à se réduire comme une peau de chagrin.

L’histoire nous est contée par G. (on n’en saura pas plus), ancien conseiller d’un politique qui vient de perdre le pouvoir. La reconversion ne tarde pas et voici G. au service d’un de ces fondateurs. Et pas le moindre… On l’installe à Marbella, paradis des super-riches où « le fondateur » a installé ses bureaux, loin de la surfaite Silicon Valley.

L’enjeu du récit est de comprendre le pouvoir de l’information. Pas celle qui est distribué au bon peuple pour l’occuper, mais la vraie, l’information sur tout ce qui se passe dans le monde, depuis les notes secrètes des espions jusqu’aux résultats du bac à Pontarlier ou les derniers livres que vous avez a achetés. Tout. Tout sur tout. Et quand on croise des informations qui n’ont pas vocation à l’être, on apprend des choses et on peut anticiper sur la suite des évènements.

Et voilà bien l’un des risques de l’IA, un parmi d’autres que le livre n’évoque pas, il a déjà bien assez à faire avec celui-là. Je vous laisse bien sûr le plaisir (ou l’horreur) de découvrir jusqu’où tout cela peut nous conduire. Mais une des conclusions que l’on pourrait en tirer, c’est de se demander comment; collectivement, on pourrait empêcher de tels débordements. On sait à peu près que d’ici à quelques années, les systèmes d’IA pourrait s’affranchir des limites qu’on leur impose aujourd’hui. S’émanciper. Et si nous le savons à peu près, on imagine bien que d’autres, mieux informés, le savent parfaitement. Imaginons-nous que les maîtres de ces systèmes vont réellement faire le nécessaire pour tenir la laisse ? Si leurs profits risquent d’en souffrir, rien ne les arrêtera. Alors, pense-t-on que sans intervention publique, sans règles éthiques, comme cela a été fait pour le clonage, on peut empêcher l’évasion de Frankenstein ? Avez-vous remarqué qu’en prenant les 3e et 11e lettres de Frankenstein, vous trouvez AI ? Hasard ?

Citation
« (…) que deviendrait l’âme humaine, le jour où les machines penseraient mieux qu’elle ? »

Jean-Paul, 25/10/2026

Giuliano da Empoli, Le fondateur, Gallimard, 288 pages

Voir la chronique sur Le mage du Kremlin > https://lesescrivades.fr/giuliano-da-empoli-le-mage-du-kremlin/


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