Chroniques Livie

Paul Muray, La Piqûre d’abeille

Les Escrivades

Rentrée littéraire 2026 #24

« Tout est KO. À côté. Tous mes idéaux, des mots. Abîmés »
Mylène Farmer en fond de cerveau quand j’ai refermé le livre.

La piqûre d’abeille de Paul Murray est un long roman polyphonique, porté (majoritairement) par les voix des quatre membres d’une famille, les deux parents et leurs enfants, adolescents.

C’est aussi un roman gigogne, qui peut se lire à plein de distances différentes. Du plus global au plus intime. Le décor, c’est l’Irlande, au moment de la crise de 2008. Le « chef » de famille est à la tête d’un garage qui n’en finit pas de faire faillite parce qu’avec la crise, les voitures ne se vendent plus. Ce qui va entraîner tous les membres dans une sorte de chute sociale et personnelle vertigineuse. Mais les flashbacks des parents ouvrent des brèches vers d’autres époques et d’autres gigognes. Et on finit dans le musée des matriochkas les plus improbables. La loi des séries.

C’est aussi un roman sur la hiérarchie sociale. On y croise pêle-mêle : quelques self-made men. Des reines de beauté. Des pleutres intellos. Des immigrés. Un maître-chanteur qui tire les ficelles. Des diseurs de mauvaise aventure. Tout le nuancier des échelles de popularité lycéenne aux différentes époques. Mais aussi les hiérarchies qui ont cours dans les espaces les plus underground. On n’échappe pas ici à la comparaison sociale, semble-t-il.

C’est aussi un roman sur les paradoxes humains. Notre conscience de l’inéluctable tragédie écologique contre nos combats identitaires personnels qui confinent au repli sur soi, sans pouvoir se fédérer autour d’une cause commune.

Bon, c’est aussi un roman avec quelques ficelles narratives. Et quelques allégories peut-être un peu trop lyriques.

Et il n’use pas à fond de la polyphonie, ses travers, ses impasses, ses bégaiements, à mon goût.

Il y a quelques pages de glorification de la poésie, avec une candeur consciente d’elle-même et une fascination pour l’éloquence un peu tarte à la crème pour nous en écœurer volontairement.

La fin explose en chaos nos certitudes sur la possibilité qu’au fond, « sur un malentendu, « ça » aurait pu marcher ». « Ça » ? Le leurre, la comédie humaine. Balzac sous Prozac ? (C’est pour la rime ou pour la frime ?).

À la fin, donc, Mylène Farmer, en musique de fond et une fulgurance poétique qui me traverse :
Que transmentons-nous à nos enfants ?

Livie Livia, 19/10/2026

Paul Muray, La Piqûre d’abeille, Albin Michel

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